Zcash, la crypto-monnaie anonyme qui veut ringardiser Bitcoin

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Dans le petit monde des crypto-monnaies, il ne se passe quasi pas une semaine sans qu’un nouveau challenger tente de se faire une place au soleil, aux côtés de Bitcoin. Si la plupart des initiatives n’apportent pas de grandes révolutions dans le secteur et se contentent de n’être qu’une variante de tel ou tel protocole célèbre quelques-unes se sont fait remarquer par leurs idées.

C’est par exemple le cas d’Ethereum qui a popularisé le principe des Smart Contracts ou encore des DAO, une sorte d’entreprise autonome et décentralisée n’ayant d’existence que sur une blockchain (le cours de rattrapagese trouve ici). Un concept intéressant sur le papier, mais dont le premier prototype à grande échelle, The DAO, fut un échec retentissant, obligeant à un fork de la blockchain afin d’en limiter les conséquences.

Zcash, l’anonymat sinon rien

Le dernier arrivant s’appelle Zcash et ambitionne tout simplement d’ajouter une couche d’anonymat supplémentaire en exploitant un principe cryptographique appelé « zero knowledge proof ». Celui-ci permet de prouver à quelqu’un que vous avez effectué un calcul sans que cette personne n’ait besoin de refaire l’opération pour la vérifier. Concrètement, vous pouvez prouver que quelque chose est vrai, sans devoir dire publiquement autre chose que « ceci est vrai ».

Le concept est simple. Avec un protocole tel que Bitcoin, l’anonymat des utilisateurs n’est pas complètement garanti. Le contenu de la blockchain est lisible par n’importe qui, et à partir du moment où quelqu’un connaît votre adresse publique, il lui est possible de retracer l’ensemble de vos transactions. C’est un peu comme si avec un simple numéro IBAN (l’équivalent d’une adresse publique) vous pouviez consulter les relevés du compte qui lui sont associés, mais sans savoir à qui il appartient.

Zcash permet de masquer le relevé des transactions, et de ne dévoiler qu’une partie nécessaire, quand vous le désirez. Car si les transactions sont bien écrites dans la blockchain, elles le sont sous une forme chiffrée. Pour en lire le détail, il faut disposer d’une clé, qui n’est connue que de l’émetteur et du récepteur. Cette méthode permet d’éviter d’avoir à créer des adresses « jetables » afin de masquer autant que possible le véritable état de vos finances.

Pour effectuer ces transactions, il faut disposer d’un porte-monnaie électronique. Le client officiel est téléchargeable par ici, mais de nombreuses places de marché proposent déjà un support du ZCash avec la génération d’adresses.

Une équipe solide et 3 millions de dollars investis

Derrière ce projet, on retrouve une équipe qui n’est pas composée de débutants, mais bien de chercheurs en cryptographie issus de plusieurs universités réputées, telles que le MIT, Berkeley ou l’université de Tel Aviv.

D’autres figures connues du milieu des crypto-monnaies sont également impliquées en tant que conseillers, comme Gavin Andresen, le responsable technique de la Bitcoin Foundation, Vitalik Buterin qui occupe le même statut du côté d’Ethereum ou Joseph Bonneau, post-doctorant à Standford et membre de l’EFF.

Du côté des investisseurs, 3 millions de dollars ont été levés auprès de figures connues du secteur. On retrouve notamment le fonds Pantera Capital qui a notamment investi dans Ripple et Bitstamp, ou encore le Digital Currency Group, un fonds d’investissement soutenu par MasterCard, qui possède des parts dans le site d’information Coinbase, dans la plateforme Kraken et qui a participé à la fondation de BitPay.

De quoi expliquer la forte exposition médiatique de cette nouvelle monnaie même avant son lancement, bien que sa conception même soit un élément relativement intéressant à analyser.

La question du minage

L’un des problèmes posés par Bitcoin, est qu’il faut disposer d’un matériel spécialisé et coûteux –un ASIC moderne gravé en 16 nm se négocie en général à plusieurs milliers de dollars– pour miner efficacement des bitcoins. Pour rappel, cette étape constitue un élément central des crypto-monnaie. Pour faire simple, la puissance de calcul du réseau permet de vérifier les transactions. Chaque « mineur » est ensuite rétribué à hauteur de sa participation.

En utilisant l’algorithme Equihash, qui est davantage dépendant de la quantité de mémoire vive disponible plutôt que du nombre de threads disponibles, fait que selon les créateurs de Zcash « il est peu probable que dans un futur proche, quelqu’un parvienne à mettre au point du matériel spécialisé et peu coûteux pour miner ».

Il faut en effet disposer d’environ 700 Mo de mémoire vive par thread, ce qui complique nettement la tâche des ASIC ou des GPU. Le temps de calcul est multiplié par 1000 si l’on ne dispose que de la moitié du prérequis mémoire. Avec un PC disposant d’un processeur quadricœur cadencé à 1,8 GHz, la génération de la preuve de travail ne réclamerait que 30 secondes, sa vérification quelques microsecondes, et la preuve en elle-même ne pèse que 120 octets. De quoi s’éviter de stocker une blockchain de plusieurs gigaoctets, comme cela peut-être le cas avec Bitcoin.

Les solutions pour miner du Zcash sont par contre assez limitées. Le client officiel par exemple, ne fonctionne que sous certaines distributions de Linux (Debian et Ubuntu). Sous Windows, il faudra plutôt se tourner vers des clients tiers, qui se multiplient depuis le lancement.

Challenge accepted

Pour renforcer les clients proposés, un concours de développement a été organisé, avec à la clé 30 000 dollars de prix pour les développeurs, dont 10 000 dollars pour le meilleur mineur sur CPU, 10 000 dollars supplémentaires pour la meilleure solution pour GPU et encore 10 000 dollars distribués aux autres participants.

Les inscriptions sont déjà fermées, mais les vainqueurs devraient être annoncés début décembre, il faudra donc probablement attendre d’ici là avant de voir de nouvelles solutions émerger.

NiceHash : comment récupérer facilement quelques mBTC, qu’importe votre machine

En attendant, ce lancement bénéficie à quelques services qui étaient au bon endroit, au bon moment, tels que NiceHash. En effet, celui-ci se propose de revendre votre puissance de calcul à des tiers, en vous livrant une application et un ensemble de clients clefs en main, sans création de compte nécessaire.

Oubliez donc les pools, les paramètres compliqués et autres solutions qui peuvent vite vous prendre des heures… ici, on assume pleinement la recherche de rentabilité à travers l’action du minage, et l’on vous fait miner uniquement les monnaies les plus rentables selon vos composants, et de vous rétribuer automatiquement en bitcoins, sans même avoir à créer de compte.

Bien entendu, le service prend une commission au passage, mais cela évitera bien des tracas à ceux qui veulent récupérer simplement quelques mBTC, notamment pour effectuer leurs premiers achats en bitcoins.

Attention néanmoins, n’oubliez pas que miner nécessite beaucoup de puissance, et donc peut entrainer une forte consommation électrique. Gare, donc, à ne pas dépenser plus en électricité que vous récupèrerez en crypto-monnaie. Pour cela, le client NiceHash intègre un paramètre (optionnel) de rentabilité minimale nécessaire pour fonctionner.

Nice Hash
Capture de l’interface de NiceHash sous Windows 10

Le pré-minage ?

La plupart des crypto-monnaies prévoient une phase de « pré-minage » durant laquelle des unités monétaires sont créées et immédiatement distribuées aux concepteurs et investisseurs qui ont participé à leur élaboration.

Dans le cas de Zcash, il y a bien une part de la masse monétaire qui est réservée aux investisseurs et pour le développement du projet, mais les fonds ne sont pas débloqués immédiatement. Une méthode qui permet d’éviter qu’un investisseur écoule ses actifs dès le lancement, quand le cours est encore haut.

Ici, 10 % du total des 21 millions de Zcash qui seront minés durant la carrière de la crypto-monnaie sont réservés à certaines personnes, avec cette répartition :

  • 1,65 % pour les investisseurs
  • 5,72 % répartis entre les fondateurs, les employés et les conseillers
  • 1,44 % pour la Fondation Zcash, qui doit financer l’évolution de la monnaie
  • 1,19 % dans une réserve stratégique devant « alimenter de nouveaux projets destinés à augmenter la valeur de Zcash »

Ces fonds seront progressivement débloqués lors du minage de chaque bloc de transactions. Si la récompense est de 10 Zcash par bloc, 9 iront dans les poches des mineurs, et le dernier sera réparti comme expliqué plus haut. Ainsi, si un investisseur veut obtenir le meilleur rendement possible, il devra faire en sorte de soutenir la monnaie afin qu’elle ne tombe pas dans l’oubli 3 mois après son lancement.

Zcash Mining Rate

Concernent le rythme de minage, il est prévu pour être progressif lors des 34 premiers jours de vie de la monnaie. Il passe ainsi de 1,2 ZEC par bloc à 12,5 ZEC par bloc, avant de tenir ce rythme jusqu’à atteindre un total de 21 millions de ZEC générés. Cela doit permettre d’éviter que le cours de la monnaie ne s’effondre trop vite lors des premiers jours (ce qui n’est pas gagné, comme nous le verrons plus loin).

Un bug de jeunesse

Il convient également de noter que les premiers pas de Zcash ne se sont pas faits sans couac. Une première mise à jour du client officiel a dû être déployée quelques jours après le lancement de la monnaie afin de corriger un bug empêchant aux transactions privées d’êtres minées et donc exécutées normalement. Un souci désormais résolu.

Un dépôt Github permet par ailleurs de signaler tout bug aux équipes de développement. Il est accessible à cette adresse.

Que faire de son Zcash ?

Pour l’heure, les moyens de dépenser directement du Zcash sont très limités. Il est cependant possible d’échanger rapidement son Zcash contre d’autres crypto-monnaies comme les bitcoins, plus facilement utilisables, ou de les convertir en euros sonnants et trébuchants via certaines places de marché.

Kraken par exemple propose une conversion directe entre ZEC et euros, ainsi que des transactions entre ZEC et BTC. Poloniex (qui a fait l’objet d’un piratage en mars 2014) a également ouvert ses services aux possesseurs de ZEC, mais cette-fois-ci il n’est plus question que d’échanges en BTC ou en dollars.

Bitfinex est également de la partie, mais on rappellera que la société a été victime d’un vol dont le préjudice a atteint près de 120 000 bitcoins en août dernier, et avait dédommagé les clients touchés en leur cédant une partie de son capital, qu’ils pouvaient ensuite revendre à d’autres utilisateurs de la plateforme. La liste complète des plateformes partenaires de Zcash au moment de son lancement sont visibles sur cette page.

L’anonymat des transactions va devoir convaincre

Reste maintenant à voir comment cette crypto-monnaie évolue, et si, outre son attractivité des premiers jours, notamment grâce au minage très rentable, elle arrive à se constituer une place à long terme. Sa conception en fait un outil capable de changer les choses, mais il est encore un peu tôt pour savoir si elle y parviendra.

La réponse devra néanmoins arriver rapidement, car, comme toute crypto-monnaie qui débute, le ZCash a été secouée sur les marchés spécialisés. Ainsi, son cours est passé de plus de 1000 euros au quart en quelques jours. Proche de la parité avec le bitcoin la semaine dernière, elle s’échange actuellement à 0,42 BTC. Espérons qu’elle se trouvera un avenir moins éphémère que d’autres, comme le Dogecoin.

Source: Kevin Hottot pour nextimpact

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